Alors que Kinshasa se prépare à accueillir triomphalement les Léopards ce dimanche 5 avril, plusieurs clubs européens observent avec inquiétude la prolongation du séjour de certains internationaux congolais.
Les joueurs de la RDC sont attendus dans la capitale pour participer aux festivités organisées après la qualification historique acquise au Mexique pour la Coupe du monde 2026. Une célébration nationale à la hauteur de l’exploit, mais qui pourrait placer plusieurs d’entre eux dans une situation délicate vis-à-vis de leurs clubs respectifs.
Selon le quotidien français L’Équipe, plusieurs formations européennes redoutent de voir leurs joueurs revenir avec retard, en contradiction avec les délais prévus par le règlement de la FIFA.
Le cas Mbemba cristallise les tensions
Le dossier le plus sensible concerne Chancel Mbemba. Le défenseur congolais était attendu par le LOSC Lille avant ce samedi pour le derby face au RC Lens, prévu dans les prochaines heures.
Le président du club nordiste, Olivier Létang, estime que la Fédération Congolaise de Football Association (FECOFA) a décidé unilatéralement de maintenir certains internationaux au sein de la sélection afin qu’ils prennent part aux célébrations prévues à Kinshasa.
Une décision que Lille juge préjudiciable sur le plan sportif, alors que le club dispute une rencontre capitale dans la course aux places européennes.
Lille saisit la FIFA et hausse le ton
Toujours selon plusieurs médias européens, Lille a officiellement saisi la FIFA. Le club considère que cette situation pourrait créer un précédent dangereux dans les relations entre les sélections nationales et les clubs.
Le dossier est suivi de près par l’Association européenne des clubs ainsi que par le syndicat des joueurs, qui observent avec attention l’évolution de ce bras de fer.
Lille affirme qu’il n’aurait jamais empêché au capitaine congolais de participer aux festivités si celles-ci avaient été organisées après le derby contre Lens. En revanche, dans le contexte actuel, le club n’exclut pas d’engager d’éventuelles démarches contre la FECOFA.
Ce que dit réellement le règlement de la FIFA
Le cœur de la controverse se trouve dans l’Annexe 1, article 1, paragraphes 9 à 11 du Règlement du Statut et du Transfert des Joueurs de la FIFA.
Le texte précise que tout joueur convoqué par sa sélection doit être remis à la disposition de son club dans les 24 heures suivant la fin de la période internationale.
Lorsque le joueur évolue dans une autre confédération que celle de sa sélection ( comme c’est le cas pour les internationaux congolais évoluant en Europe ) ce délai est porté à 48 heures.
Autrement dit, les Léopards doivent impérativement avoir rejoint leurs clubs européens dans les deux jours suivant leur dernier match international.
Quels risques pour la RDC et ses internationaux ?
En cas de non-respect de ce délai, la FIFA ne sanctionne pas directement les joueurs dans un premier temps. La responsabilité incombe d’abord à la Fédération congolaise.
Sur demande d’un club, la Chambre du Statut du Joueur du Tribunal du Football peut notamment décider :
de réduire de deux jours les prochaines périodes de mise à disposition des internationaux congolais ;
de réduire de cinq jours la mise à disposition lors d’une future compétition internationale.
En cas de récidive, les sanctions peuvent être plus lourdes :
une amende à l’encontre de la Fédération congolaise ;
une réduction plus importante des prochaines périodes internationales ;
voire une interdiction temporaire pour la RDC de convoquer certains joueurs.
Les joueurs eux-mêmes ne sont pas totalement à l’abri
Même si la FIFA vise avant tout la fédération, les internationaux concernés ne sont pas totalement protégés.
Leurs clubs peuvent décider d’appliquer des sanctions disciplinaires internes en cas de retour tardif : amende, mise à l’écart temporaire, non-convocation ou absence du groupe pour un match.
Ainsi, plusieurs joueurs congolais pourraient passer, en l’espace de quelques heures, de la ferveur populaire de Kinshasa à une situation beaucoup plus tendue avec leurs employeurs en Europe.
Une telle fracture entre clubs et sélection pourrait également compliquer, à terme, la préparation de la RDC en vue de la Coupe du monde 2026, alors que les Léopards devront préserver un climat de confiance avec les équipes qui emploient leurs cadres.
Entre émotion nationale et obligations professionnelles
La RDC s’apprête à vivre une journée historique, entre liesse populaire et célébration d’un exploit attendu depuis 52 ans.
Le programme officiel communiqué par le ministère des Sports et Loisirs prévoit :
10h00 : arrivée des Léopards à l’aéroport, suivie d’un accueil populaire et d’un bain de foule ;
14h00 : grande célébration et présentation officielle de l’équipe à l’esplanade du Palais du Peuple.
Mais pendant que Kinshasa prépare une fête grandiose pour ses héros, plusieurs Léopards savent déjà qu’au-delà des chants, des drapeaux et des bains de foule, les attend peut-être, dès leur retour en Europe, une tout autre bataille.
Élie M’fowu pour Carresports.com
